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Loudness et LUFS : quel niveau pour le streaming ?

Pourquoi un master très fort n'est pas forcément un bon master, et comment les plateformes traitent le volume de vos titres.

Par Camille Vernet, ingénieure du son8 min de lecture
Deux vumètres analogiques à aiguille éclairés dans la régie

Pendant des années, la course au volume a poussé les studios à masteriser toujours plus fort, au détriment de la dynamique. Avec le streaming, les règles ont changé : la plupart des plateformes ajustent le volume de lecture pour que tous les titres paraissent à peu près aussi forts. Comprendre ce mécanisme permet de prendre de meilleures décisions au mastering.

Qu'est-ce qu'un LUFS ?

Le LUFS (Loudness Units relative to Full Scale) est une unité qui mesure le volume perçu, et non seulement le niveau électrique du signal. Elle est définie par la recommandation ITU-R BS.1770 et reprise en Europe par la recommandation EBU R 128. Une mesure en LUFS tient compte de la sensibilité de l'oreille aux différentes fréquences : un grave puissant pèse moins qu'un médium de même niveau.

On distingue généralement trois mesures :

  • Le loudness intégré, calculé sur toute la durée du titre. C'est la valeur utilisée par les plateformes.
  • Le loudness court terme (sur 3 secondes), utile pour comparer un couplet et un refrain.
  • Le loudness momentané (sur 400 millisecondes), qui suit les variations fines.

À ces mesures s'ajoute le true peak (crête réelle), exprimé en dBTP. Il estime la crête du signal après reconstruction analogique ou encodage, qui peut dépasser la valeur des échantillons numériques.

Comment les plateformes normalisent

La normalisation consiste à mesurer le loudness intégré de chaque titre puis à ajuster son volume de lecture vers une valeur cible. Un titre masterisé plus fort que la cible est baissé ; un titre plus faible est parfois remonté, parfois laissé tel quel, selon la plateforme et les réglages de l'auditeur.

Les valeurs cibles varient selon les services et évoluent dans le temps. À la date de cet article, plusieurs grandes plateformes indiquent une cible par défaut de l'ordre de −14 LUFS intégrés, d'autres se situent plutôt vers −16 LUFS. Certaines proposent aussi un mode « album » qui conserve les écarts de volume entre les titres d'un même disque. Il est donc plus utile de comprendre le principe que de viser un chiffre unique.

Les valeurs des plateformes sont fixées par elles et peuvent changer sans préavis. Vérifiez leur documentation officielle au moment de votre sortie.

Plus fort ne veut pas dire meilleur

Pour rendre un titre plus fort, on réduit sa dynamique avec des compresseurs et des limiteurs. Au-delà d'un certain point, les transitoires (l'attaque d'une caisse claire, d'une guitare) s'émoussent et le son devient plat. Si la plateforme baisse ensuite ce titre au niveau cible, il ne sonne pas plus fort que les autres : il sonne simplement moins vivant.

À l'inverse, un titre plus dynamique, masterisé un peu en dessous de la cible, garde son impact et sa respiration. Sur beaucoup de plateformes, il sera joué à un volume très proche.

Le rôle du true peak

Lors de l'encodage en formats compressés (AAC, Ogg Vorbis, MP3), le signal peut produire des crêtes plus élevées que le fichier d'origine. Si le master est déjà au maximum, ces crêtes provoquent une distorsion audible. On recommande donc couramment de laisser une marge, par exemple une crête réelle de −1 dBTP, voire davantage pour un master très dense.

Comment nous choisissons le niveau

Au studio, nous ne partons pas d'une valeur cible, mais du titre. Un morceau acoustique intimiste n'a pas besoin du même niveau qu'un titre électronique destiné aux clubs. Nous procédons ainsi :

  1. Nous écoutons le mix et les références que vous nous avez données.
  2. Nous réglons le mastering pour que le titre sonne au mieux, en contrôlant la dynamique et le true peak.
  3. Nous mesurons le loudness intégré et simulons la lecture normalisée pour vérifier que le titre tient face à vos références.
  4. Si vous en avez besoin, nous produisons une version spécifique (club, radio, vinyle).

Et pour la radio, la télévision ou la synchronisation ?

La diffusion audiovisuelle suit des normes plus strictes. En Europe, la recommandation EBU R 128 fixe une cible de −23 LUFS pour les programmes, avec une crête réelle maximale de −1 dBTP. Si votre titre est destiné à une publicité, un film ou une émission, demandez le cahier des charges technique du diffuseur : nous préparerons un fichier conforme.

À retenir

  • Le LUFS mesure le volume perçu ; les plateformes s'en servent pour normaliser.
  • Un master trop fort sera baissé et aura perdu de la dynamique pour rien.
  • Laissez une marge de true peak pour éviter la distorsion à l'encodage.
  • Choisissez le niveau selon le style et la destination, pas selon un chiffre unique.
Les quais du Rhône à Lyon au coucher du soleil, avec un pont et des promeneurs

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